
Par Frédéric Mailloux.
Le titre de l'album aurait pu être «État de grâce» tellement les Acadiens sont en contrôle, relax et confiants. Éclectique, éclaté, assumé, Havre de grâce étonne, frappe, résonne, raisonne et sonne.
Si Cliché Hot représente un disque convenu limite rigolo, si Belmundo Regal est l'album de la consécration artistique, Havre de grâce se veut une galette sur laquelle, Bilodeau, Malenfant et Doucet n'ont plus rien à prouver, et à perdre.
Du rap ne reste que la colonne vertébrale, des textes plus récités que chantés. Radio Radio a développé au fil des albums son delivery , propre au rythme que le chiac lui confère: lent, roucoulant, désarçonnant. Cela prend toujours quelques écoutes, ou garder les yeux bien rivés sur le livret, pour saisir les paroles. Et quelque temps pour les comprendre. Ça fait partie du charme!
Loin des premiers balbutiements, calqués sur le langage musical du temps, les beats de Radio Radio ne cassaient pas la baraque. Ici, c'est une autre histoire. Forts de cinq années à développer le son, à jouer sur la route, à collaborer avec d'autres musiciens et rencontrer plusieurs artistes, le trio est arrivé à un état de plénitude musicale, où les beats cajuns côtoient le acid jazz , où la basse ronde groove avec de l'accordéon. À lire ces lignes, on pourrait croire à une soupe imbuvable, mais non, l'ensemble est homogène et surtout, unique. Y'a que Radio Radio qui sonne comme Radio Radio.
Le trio d'ouverture tue littéralement! Difficile de ne pas embarquer dans Sunrise/All Inclusive War Tour , Gong Hotel et Galope , les trois pièces les plus fortes de l'album avec la très lover Chambralit . Malgré quelques moments plus relax (ou moins intenses, c'est selon), Radio Radio s'est, pour une deuxième fois de suite, renouvellé.
En concoctant Havre de grâce , Radio Radio a réussi à transcender le genre dont il était issu pour se tailler une place qu'il est le seul à occuper.













