Rod le Stud, Festival de Granby

Une référence

Vous avez sûrement entendu un jour un chanteur dire qu'il avait «fait Granby». Peut-être était-ce Luc de Larochellière, Luce Dufault, Lynda Lemay, à moins que ce ne fût Pierre Lapointe, Damien Robitaille ou encore Isabelle Boulay. Comme un honneur, «faire Granby» est devenu au fil des années un gage de qualité artistique. À tel point que l'on peut se demander quel est le secret de cette réussite quasi systématique. Pour Pierre Fortier, le directeur de l'événement depuis 2007, la réponse tient en un mot: la sélection. «Je crois que si les gens qui remportent le festival de Granby ou qui sont mêmes finalistes ou demi-finalistes ont souvent du succès par la suite, c'est avant tout parce que notre processus de sélection est très au point. On reçoit des démos de partout au pays, on écoute tout ça avec attention, et à travers toutes les auditions, on arrive à ce qui se fait de mieux cette année-là, à présenter d'une certaine façon les meilleurs artistes qui ne soient pas encore signés au Québec».

Le cas Lisa Leblanc

Venue de nulle part ou presque, le hameau de Rosaireville au Nouveau-Brunswick, Lisa Leblanc a remporté le concours du festival de Granby en 2010. Elle s'est produite cette année au festival, mais en tant que tête d'affiche. Depuis sa victoire, tout est allé très vite pour la chanteuse acadienne qui vient même de décrocher un disque d'or pour son premier album éponyme, sorti en mars. Rencontrée à l'issu de son concert, Lisa semble toujours sous l'effet Granby. «C'est fou de revenir ici, de voir les gens chanter les paroles de mes chansons en choeur, alors que l'album n'est pas sorti depuis longtemps, dit la chanteuse. J'ai un lien très affectif avec Granby; j'y ai vécu 10 mois quand que je faisais l'école de la chanson et beaucoup de mes tounes sont nées ici. Revenir à Granby deux ans après, c'est très émouvant».

Lisa Leblanc

À l'instar de Pierre-Lapointe, Dumas ou Lynda Lemay, Lisa Leblanc a bénéficié d'un éclairage médiatique toujours apprécié en début de carrière. «Je ne viens pas de Montréal ni de Québec, donc pour moi, me faire connaître des professionnels est très difficile, continue Lisa Leblanc. Le festival m'a donné un énorme coup de pouce dans ce sens, c'est une visibilité immense. En plus, la bourse m'a permis de faire mon album. Je ne serai sûrement pas là où je suis aujourd'hui sans le festival, c'est certain». Et en effet, le vainqueur remporte plusieurs prix dont la valeur totale avoisine les 75 000$. Il y a entre autres un fonds d'aide de 25 000$ pour le développement de sa carrière, une bourse de 10 000$, ainsi une campagne de promotion à la chaîne à Vox.

Bien plus qu'un simple tremplin, Granby est une usine à succès. Il suffit de sortir sa calculette et de faire les comptes, les chiffres sont soudainement en effet très éloquents. Depuis sa création en 1969, le festival de Granby a été à l'origine de 236 albums, 5 200 000 albums vendus au Québec, 5 400 000 albums vendus en Europe, 230 nominations à l'ADISQ, 57 Félix, 27 Prix SOCAN, 4 Prix Félix-Leclerc et la liste des récompenses est loin d'être exhaustive. À noter que depuis 2006, les catégories auteur-compositeur-interprète, interprète et groupe ont disparu au profit d'une seule catégorie, le «lauréat du festival».

Un événement franco-responsable

Pierre Fortier aime utiliser l'expression de «franco-responsable» pour parler de son festival. Derrière cette référence évidente à l'éco-responsabilité, il y a un signal d'alarme. «Les spectacles de chanson francophone sont très en baisse, s'inquiète le directeur du Festival de Granby. Il n'y a eu que 664 000 billets vendus en 2011, soit une baisse de 24% par rapport à 2010. Les jeunes sont dans un univers anglophone avec internet et je trouve qu'il est de notre devoir de faire prendre conscience aux gens qu'en ce qui concerne le Français, qui est un joyau qu'on doit préserver, on laisse passer trop de choses. Il faut réagir».

Cette année, c'est le groupe acadien Radio Radio qui était porte-parole du festival de Granby. Dans leur loge, quelques minutes avant d'entrer en scène, les trois rappeurs ont conscience de l'importance de la langue, mais surtout de la culture. «Dans notre cas, il ne s'agit pas uniquement d'un problème de langue, je crois qu'il faut défendre et respecter la culture francophone dans son ensemble, dit Alexandre. D'ailleurs, notre façon de parler est loin d'un Français international, et nos paroles sont remplies de mots anglais, mais peu importe, si le Français est encore parlé chez nous c'est parce que précisément, on a su conserver ce mélange, l'intégrer à notre culture».

Parmi les autres artistes confirmés de ce 44e festival de Granby, on a pu entendre les Québécois Alex Nevsky, Daniel Bouché, Paul Piché, Bernard Adamus et les français Lisa Portelli, Melissmell, HK et les Saltimbanks.

De belles découvertes

La finale de l'édition 2012 du festival de Granby aura été l'occasion de découvrir la jeune génération d'artistes: le gagnant Rod le Stod bien sûr, et son rap engagé et nourri de textes ciselés, le groupe a cappella Les Gourmandes, drôle et d'un niveau de maîtrise technique impressionnant ou encore Geneviève Morissette, une auteure-compositrice-interprète dont l'évident talent ne devrait pas rester dans l'ombre très longtemps. Vedettes de demain à l'état de bourgeons, mais prêtes à éclore dès aujourd'hui.