Lynda Lemay célèbre ses 20 ans de carrière en offrant à ses admirateurs quelque chose qu'elle ne leur avait encore jamais offert: un best of. Mais, comme il lui reste encore tant de choses à dire et qu'elle souhaite regarder vers l'avenir, la célèbre auteure-compositrice-interprète ajoute à ces 17 hits cinq pièces toutes neuves. Certaines d'entre elles font rire ou sourire, d'autres encore font pleurer et réfléchir. Eh oui, le temps passe, mais la polyvalente Lynda ne change pas. Entretien.

Lynda Lemay

Lynda Lemay

Un premier best of en 20 ans de carrière... C'est un cadeau pour tes fans et pour toi aussi?
Bien oui! Je me rappelle comme ça m'impressionnait, les best of de Johnny Hallyday! Et maintenant, c'est moi qui en ai un. Le temps passe trop vite. Comme j'ai toujours la même jeunesse dans l'inspiration, je ne réalise pas que j'ai 45 ans. Parfois, je m'arrête pour regarder derrière et je réalise le chemin que j'ai parcouru. Eille, 12 albums, plein de chansons qui ont voyagé et qui ont touché les gens à un point tel que je peux faire un album avec celles qui sont devenues des incontournables: Le plus fort c'est mon père, Les souliers verts... Ça fait un velours de penser qu'aujourd'hui, «Lynda Lemay», ça veut dire quelque chose.

Quand on écoute les «anciennes» chansons du disque, on remarque qu'elles n'ont pas vieilli. Elles sont restées très actuelles, tout comme les problématiques d'ailleurs...
C'est vrai, hein? Dans le fond, finalement, j'ai abordé les problèmes, mais je n'ai pas apporté ben, ben de solutions! (rires) Bon, c'est sûr qu'il y a des problèmes qui n'en ont tout simplement pas, de solutions, mais les chansons permettent de débloquer des discussions et de faire un peu de bien à ceux qui les écoutent. C'est pour ça que c'est l'fun de les faire voyager. Quand on s'approprie une chanson, on se dit: «Ah ! C'est mon histoire!», et même si c'est triste, on pleure, ça fait du bien et ça lave l'âme.

Dans tes chansons, les instruments ont toujours beaucoup parlé. En écoutant les cinq pièces bonus du disque, on remarque d'ailleurs à quel point ils contribuent aux ambiances qui, d'un morceau à l'autre, changent du tout au tout. Il y a par exemple cette guitare qui pleure sur Pas...
... sur Pas ta première femme! Oui! Cette chanson a été ajoutée à la dernière minute; elle n'était même pas censée être sur le disque! Tu sais, pour écrire maintenant, c'est de plus en plus difficile de me trouver du temps. J'écris soit dans l'avion, soit la nuit, soit lorsque, malgré ma culpabilité de mère, je prends quelques jours et que je vais au chalet. Donc, j'étais au chalet, au bout du quai, avec ma guitare et mon petit verre de vin. Je regardais le lac en appréciant mon moment de solitude et en pensant à Reggiani. J'adore Reggiani, ses chansons viennent tellement me chercher! En particulier (elle chante): «Si tu me payes un verre, je ne te demanderai pas...». Ce soir-là, je me sentais d'humeur «reggianesque». Je me suis donc mise à jouer de la guitare, et à chanter: «Je ne suis pas ta première femme, tanana, tanana, lalalala!». J'avais les larmes qui coulaient. Le lendemain, j'ai enregistré la chanson, puis on l'a envoyée à Yves Savard, qui a mis son solo de guitare électrique dessus. C'est comme ça que Pas ta première femme est née. Comme quoi il faut toujours faire confiance à l'émotion du moment.

Parlons maintenant d'Au nom des dégarnis, une ode à la calvitie et à l'expérience qu'elle semble donner à un homme...
Et voilà! Au départ, c'est sûr que les gars vont se dire: «Après s'être moquée de nous dans Bande de dégonflés, elle va se moquer de nous parce que nos cheveux tombent? Eille, la rallonge!». (rires) Au fil de la chanson, ils vont se rendre pourtant compte qu'au contraire, j'affirme haut et fort: «Vive la boule à zéro!».

Dans cette composition, tu fais également un clin d'œil à Justin Bieber. Trouves-tu sa chevelure inquiétante?
Je ne sais pas, mais je pense qu'il va «caler» jeune, lui! (rires)

Toutes ces années passées à chanter des histoires au «je», à te glisser dans la peau de tous ces personnages... Est-ce que ça a déjà créé des quiproquos? Est-ce qu'on t'a déjà attribué des histoires qui n'étaient pas forcément les tiennes?
Comme je ne suis pas timide pour dire aux gens comment je vis les choses, ils ne se gênent pas non plus pour me poser des questions. Par exemple, quand j'ai sorti J'ai battu ma fille, on m'a parfois demandé si c'était vrai. Alors, je répondais que non, que c'était une chanson inspirée par une amie qui m'avait confié avoir donné une petite tape à sa fille, mais la culpabilité lui avait fait dire qu'elle l'avait «battue». Les chansons de ce genre-là peuvent être interprétées de toutes sortes de façons. Mais heureusement, ça a été assez rare qu'on les interprète mal, et j'ai toujours répondu aux questions en disant: «Ce n'est pas du tout de l'autobiographie» ou «Ça, ce n'est pas de l'autobiographie, mais ça ne veut pas dire que ce n'est pas une réalité que je vivrai demain». De toute façon, je ne me sens loin d'aucune réalité; c'est pour ça que j'écris sur autant de sujets différents.

Lynda Lemay, Best of
Dans les bacs le 6 septembre