Témoignage - Serge Mongeau, l'infatigable

Le militant Serge Mongeau publie Heureux, mais pas content , deuxième volet de ses mémoires.

L'auteur invite ses contemporains à une révolution des mentalités; voire à une révolution spirituelle contre les fondements du modèle économique dominant.

Cette révolution, la simplicité volontaire, qu'il vit lui-même depuis des décennies, l'a rendu « heureux », dit-il.

Serge Mongeau est convaincu qu'en changeant leurs habitudes de consommation, d'alimentation, de transports, les gens contribueront non seulement à améliorer leur propre vie, mais aussi l'état de la planète.

Sensible à la souffrance de ses semblables, Serge Mongeau a eu pour fil conducteur durant toute sa vie la lutte pour la justice sociale.

Mais à travers ce combat, il a aussi milité pour la paix, l'écologie, la santé et pour bien d'autres causes.

Préconisant la prévention par l'alimentation et l'exercice physique comme meilleure garantie pour la bonne santé des individus, Serge Mongeau abandonne la médecine, car il n'était pas d'accord avec sa pratique qui privilégie le médicament.

Sur les questions de l'environnement, il a participé à de nombreuses actions, notamment la bataille contre le port méthanier projeté près de Lévis.

Enfin, au début des années 1990, il fonde avec d'autres amis la maison d'édition Écosociété, dont le nom résume les préoccupationsde Serge Mongeau.

« J'essaie de réaliser en moi ce qui me semble devrait constituer la base d'un univers juste pour tous : j'essaye d'être bon, tolérant, honnête et juste », écrivait Serge Mongeau en 1985.

Dans un autre texte publié en 2006, le militant au long cours donne une saveur poétique à sa vision du monde :

« Quand je cesse de me croire important, supérieur et même essentiel :quand j'accepte de reconnaître que je fais partie de la nature, que j'en suis l'émanation;
quand je m'arrête à observer les diverses manifestations de la vie et que je ne puis que déborder d'admiration;
alors je commence à comprendre.
Je suis un chaînon dans cette aventure de la vie qui a débuté il y a des milliards d'années.
Le sens de ma vie est la vie.
Mon rôle consiste à assurer sa perpétuation.
J'y contribue de diverses façons
Là où je peux le mieux.
En aidant la vie à s'épanouir,
la vie physique (la nature)
et la vie sociale, car je fais partie d'une espèce sociale.
Réussirai-je ma vie?
Car je vois bien la dérive mortifère de notre monde.
Mais je dois accepter qu'il ne m'incombe pas à moi seul de sauver la vie,
laquelle d'ailleurs peut prendre des avenues tellement imprévisibles.
Alors jour après jour, j'essaye de favoriser la vie,et ça me suffit. »

Serge Mongeau vient de publier aux éditions Écosociété le deuxième tome de ses mémoires intitulé Heureux, mais pas content (autobiographie 1979-2011) .

Un livre où il poursuit le récit de sa vie, mais où il dresse aussi son portrait du Québec.

« Mon histoire est un peu l'histoire du Québec qu'on présente rarement, celle des militants, souvent ignorée, qui cependant fait avancer les choses. » Toujours la simplicité.

À l'occasion de la publication de son livre, nous l'avons rencontré chez lui, à Montréal. Sorti pour une course et craignant d'être en retard pour notre rendez-vous, il a laissé un mot sur la porte nous demandant de l'attendre à l'intérieur. Il avait laissé la porte ouverte.

Au cours de cet entretien, l'auteur aborde les sujets qui sont au coeur de ses combats.

Devant le discours dominant qui prône la croissance comme la seule voix pour la bonne santé économique et sociale, Serge Mongeau va à contre-courant en optant pour la décroissance comme alternative économique, écologique et comme moyen d'épanouissement. Voici ses arguments en faveur de ce mode de vie :

Mais au-delà du principe, est-ce que cette alternative est suffisante pour régler par exemple le problème de l'emploi?

Le concept de la simplicité volontaire a été inventé depuis plusieurs années. Y a-t-il encore des adeptes? Et pourquoi ces personnes adoptent-elles ce style de vie?

Serge Mongeau a labouré principalement trois champs : la santé, l'écologie et de la paix. Après toutes ces années, il constate que peu de choses ont évolué. Mais cela n'entame pas sa volonté de poursuivre son cheminement. « On ne sait pas quand on va se réveiller, mais il faudra qu'on se réveille un jour. », conclut Serge Mongeau.

Un article de Kamel Bouzeboudjen