TUNIS, Tunisie - Le patron de la chaîne tunisienne privée Nessma TV, Nabil Karoui, a été condamné jeudi à une amende de 2400 dinars (1530 $CAN) pour «troubles à l'ordre public et atteinte à la morale», à la suite de la diffusion du film d'animation «Persepolis», dont une scène jugée blasphématoire a provoqué des réactions violentes d'islamistes radicaux, a annoncé son avocat. Il compte faire appel.

Le tribunal de première instance de Tunis a cependant annulé les poursuites pour «atteinte au sacré», a précisé Me Abada Kéfi dans un entretien téléphonique avec l'Associated Press.

«On ne peut pas être à moitié coupable et à moitié innocent!», a réagi Nabil Karoui, joint par téléphone. Il a dénoncé un «signal négatif» et un «coup porté non seulement à la liberté d'expression, mais également à la liberté de création».

«En condamnant la liberté d'expression, c'est une mauvaise image qu'on donne au monde entier qui nous regarde aujourd'hui», a-t-il tempêté, s'inquiétant de «l'impact du jugement non seulement en Tunisie, mais dans tous les pays du Maghreb».

«Nessma appartient aux Tunisiens, mais aussi aux Algériens, aux Marocains et aux Libyens, des pays où elle est diffusée en continu», a-t-il souligné.

«C'est de mauvais augure pour le pays qu'un jugement pareil soit rendu le jour de la célébration de la liberté de la presse» dans le monde, a souligné son avocat.

L'annonce du jugement coïncidait avec la Journée mondiale de la liberté de la presse. L'UNESCO a choisi de la célébrer en grande pompe en Tunisie, d'où est parti le vent de réforme du Printemps arabe à la fin de 2010.

Le procès de Nessma TV déchaîne les passions et oppose les islamistes radicaux et les défenseurs des libertés depuis plus d'un an. La plainte avait été déposée par une centaine d'avocats, des associations religieuses et des particuliers après la diffusion de «Persepolis» à la veille des élections d'octobre 2011, remportées par le mouvement islamiste Ennahda.

Le film d'animation franco-iranien de Marjane Satrapi, primé à Cannes en 2007, comportait une représentation de Dieu, proscrite par l'islam. Lors de la diffusion télévisée, cette scène, qui n'avait provoqué aucune réaction hostile dans les cinémas tunisiens, a soulevé la colère des islamistes radicaux.

Des groupes qualifiés de «salafistes» ont tenté de s'attaquer aux locaux de la chaîne, avant de s'en prendre au domicile de son fondateur avec des cocktails Molotov.