Tunisie: manif pour «assainir» la télé publique

Hassene Dridi / The Associated Press

TUNIS, Tunisie - Des centaines d'islamistes se sont rassemblés, vendredi, devant le bâtiment de la télévision publique tunisienne pour demander son «assainissement des figures de l'ancien régime», a constaté un journaliste de l'Associated Press.

Les manifestants, pour la plupart des hommes barbus et des femmes voilées, ont brandi des drapeaux tunisiens aux côtés de drapeaux noirs et blancs sur lesquels était inscrite la profession de foi musulmane, emblème des islamistes radicaux.

Ils se sont joints à des groupes qui observent un sit-in depuis plusieurs jours à l'entrée du bâtiment, cerné par un important dispositif de sécurité.

«Il faut que les médias s'assainissent de la pourriture de Ben Ali», l'ancien président tunisien renversé en janvier 2010 par un soulèvement populaire. «L'information du RCD est encore active et l'administration est RCDiste», pouvait-on lire sur certaines banderoles qui pointaient du doigt l'ex-parti au pouvoir, le Rassemblement constitutionnel démocratique, dissout après la «révolution du jasmin».

«Nous sommes là depuis le 24 février, mais nos revendications n'ont trouvé aucune oreille attentive. Nous allons poursuivre notre action pacifique jusqu'au départ des figures impliquées avec l'ancien régime corrompu qui sont toujours là», a déclaré le porte-parole des manifestants, Karim Ben Ali.

Il a appelé à la suppression de la taxe prélevée systématiquement par la télévision publique sur les factures d'électricité et de gaz, et au recrutement de nouveaux journalistes formés par l'Institut de la presse et des sciences de l'information.

En plus des salafistes et des partisans du parti islamiste Ennahda, vainqueur des élections d'octobre dernier, les protestataires appartiennent à tous les courants de la société, selon lui. «C'est la jeunesse de la révolution et de Facebook», a insisté ce technicien en informatique de 37 ans, qui se dit indépendant.

«On dirait que le vent de la révolution n'a pas touché la télévision nationale», a tempêté Younès, un commerçant de 28 ans qui accuse la chaîne de «s'allier avec les forces de gauche et des laïcs».

Mis sous pression, les journalistes de la chaîne déplorent quant à eux «une volonté de les mettre au pas» et refusent d'être «un instrument de propagande du gouvernement».

Cette manifestation intervient au lendemain des affrontements ayant opposé des étudiants salafistes et progressistes dans la faculté des lettres de la Manouba, près de Tunis, après qu'un salafiste eut décroché le drapeau national qui flottait à l'entrée de l'établissement.

Jugé «grave et inadmissible», cet acte a provoqué un tollé dans tous les milieux politiques et sociaux tunisiens. Une enquête a été ouverte pour en identifier l'auteur et le traduire devant la justice.